Cildo Meireles 06

Cildo Meireles



 

Le MACBA consacre une expo-monument à l’artiste brésilien Cildo Meireles. Une invitation à un voyage fascinant à travers des installations et sculptures qui peuvent parfois dérouter. C’est jusqu’au 26 avril.

Marcher sur du verre, pénétrer dans une pièce rouge ou une autre recouverte de talc et imprégnée d’une odeur qui dérange (le mercaptane, un parfum utilisé pour odoriser le gaz. Volatil, 1980-1994). Les installations de Cildo Meireles (Rio de Janeiro, 1948) peuvent plaire mais aussi provoquer un certain malaise. C’est comme jouer avec le feu. Elles demandent au spectateur sa participation et convoquent quelques-unes de nos peurs profondes (le noir, le gaz, les barbelés…). Cildo Meireles est l’un des premiers artistes à créer des installations dès la fin des années 60. Il choisit les matériaux de l’urbanité telles que le verre, les barbelés ou le cellophane, pour A travers (1983-1989). Une salle de 175 m2 faite d’un dédale d’obstacles posés sur une mer de verre brisé, au centre de l’oeuvre, une boule énorme de cellophane froissé. L’artiste compare le cellophane à une sorte de vitre malléable que l’on peut utiliser comme un sculpteur l’argile ou la glaise. L’installation la plus ludique est sans doute celle que nous nommons « la chambre rouge ». Il ne s’agit pas d’un boudoir mais d’une pièce monochrome où le moindre objet est rouge. Canapé, bureau, télévision, ordinateur, étagères, tableaux, cendrier, vaisselle, aquarium (et poissons!)… Déviation vers le rouge (1967-1984) nous conduit ensuite vers une pièce contiguë, noire. Seule une énorme tache rouge sur le sol  guide vers un puits de lumière au-dessous duquel on aperçoit un lavabo penché qui distille une eau… rouge. Glovetrotter (1991), c’est une maille d’acier inoxydable identique à celle utilisée pour les gants de boucher. Un métal qui recouvre des sphères de toutes les tailles pour une représentation des traversées maritimes des Portugais et des Espagnols à l’époque de la conquête du Nouveau Monde. Une sorte de Nouveau Monde aussi car on peut imaginer la surface d’une planète inconnue. Un nouvel espace.

S’immiscer dans l’oeuvre

Une installation troublante et moins abstraite nous conduit à réfléchir sur les conséquences dévastatrices des colonies conduites par les missionnaires jésuites en Amérique du Sud ( Missions, comment construire des cathédrales, 1987). Au final, une oeuvre arborescente, symbolique, constituée de 2000 os pour les branches, d’un sol de 600 000 pièces de monnaies et d’un tronc formé par 800 hosties, soit la colonne vertébrale des Jésuites. La dernière oeuvre, présentée dans la capilla du MACBA, s’intitule Babel (2001) en hommage à la tour biblique. Il s’agit d’une tour de cinq mètres de haut formée par 700 radios de toutes les époques, branchées sur des ondes différentes. Une cacophonie où l’on ne distingue aucune langue. Installée dans la pénombre, la multitude de commandes rouges lumineuses lui donnent des airs futuristes. L’artiste brésilien aime évoquer les origines, les drames, la peur… Mais cette grande exposition (qui a déjà été présentée à Londres, et bientôt aux Etats-Unis et au Canada) ne rassemble pas un catalogue malsain sinon une réflexion sur certains faits historiques et leur incidence sur l’art. Chaque installation, exceptée la subversive Volatil, produit un effet positif. Cildo Meireles surprend quelle que soit sa démarche. Amuser ou déranger. Le spectateur participe, s’immisçant dans l’oeuvre.

© Corinne Bernard – avril 2009.

Exposition visible au MACBA, Barcelone, jusqu’au 26 avril, de 11h à 19h30. Samedis, de 10h à 20h, dimanches et fériés, de 10h à 15h. Fermé le mardi.

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